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2017, le récit

Protestants 2017, un récit « 500 ans de Réformes, vivre la fraternité »

Un faire mémoire de cinq siècles, et sur toute l’année 2017 !

L’année 2017 convoque la mémoire française, la mémoire protestante en particulier mais aussi la mémoire de tout un pays, dans la complexité de son rapport au religieux. Elle convoque aussi la mémoire européenne : en 1517, Martin Luther, prêtre et professeur d’Ecritures saintes à l’université de Wittenberg, lançait en effet un large débat qui deviendra le débat de l’ensemble du christianisme occidental. Ce débat, qui a pris tout d’abord la forme de 95 thèses rendues publiques, selon la tradition universitaire, portait sur l’authenticité d’un salut non pas monnayable par le truchement de l’institution ecclésiastique, mais annoncé comme totalement gratuit en Jésus-Christ.

Les conséquences de cette grande conversation d’abord de type universitaire et réservé à un cercle d’initiés, puis largement partagées et finalement universelles, seront étonnamment l’apparition d’une réelle alternative chrétienne à la tradition catholique romaine: il s’agit de l’affirmation que chaque croyant est à équidistance du salut, de l’annonce que le Christ se rend proche de chacun non pour le condamner mais pour le sauver, de la découverte que la bible dans son ensemble, ancien et nouveau Testament, témoigne précisément de cette bonne nouvelle, d’une nouvelle « pour tous », enracinée dans le message de la tradition d’Israël.

Le mouvement de la Réforme, engagé par ce débat, verra se constituer puis se développer un grand nombre de courants de pensées, traduits par des confessions de foi, et il fera apparaitre la belle diversité d’un protestantisme qu’on qualifiera de luthérien, de réformé, d’anglican, de méthodiste, de mennonite, de baptiste, d’évangélique, etc. Cette diversité, parfois conflictuelle, parfois réconciliée, sera l’une des caractéristiques de cette spiritualité chrétienne. Elle amènera naturellement la nécessité du dialogue, de la controverse, du débat. Elle contribuera à l’ensemble des débats de la société occidentale sur les questions du droit et de la liberté, de la politique et de la démocratie, du vivre ensemble et de la fraternité.

Cette caractéristique de la diversité ou de la pluralité sera par ailleurs l’une des origines de l’intuition œcuménique de protestantisme : être chrétien n’est pas possible sans le dialogue avec l’autre différent. La dimension œcuménique de la Réforme protestante aboutira à la mise en œuvre de dialogues nombreux et variés entre les dénominations protestantes, entre catholiques et protestants et, plus récemment, entre les différentes religions. C’est en ce sens que l’on peut parler, en même temps que de Réforme, de l’exigence de la fraternité qu’elle met en œuvre.

La dimension mondiale de la Réforme ajoute à ce fait qu’elle est présente dans la plupart des sociétés de ce monde : en Asie, en Afrique, en Océanie, en Amérique, en Europe.

Quelle fraternité ? Des fraternités assassines aux fraternités réconciliées, la Réforme n’aura de cesse de rappeler que les doctrines des hommes qui définissent le croire et qui séparent les confessions ne sauraient avoir le dernier mot devant la grâce de Dieu qui sauve l’humain et qui le réconcilie avec lui-même, avec Dieu et avec les autres. L’enjeu de cette année 2017 est donc, en grande partie, de manifester cette fraternité. Mais de quoi s’agit-il ?

Un appel à Vivre la fraternité

De « l’entre soi » qui rassure au « avec les autres » et au « pour les autres» qui dynamise

Contre la tentation du communautarisme, contre l’entre-soi oecuménique intra-protestant, contre le dialogue avec le seul proche semblable, contre la démarche d’union avec le même qui rassure mais ne satisfait ni ne résout les questions vives, le protestantisme veut vivre la fraternité avec l’autre différent : par ses oeuvres, tout d’abord, il accompagne et accueille les plus démunis, les rejetés, les exclus. Par ses rencontres et ses cultes, il invite et ouvre des perspectives. Chaque  initiative, au cours de cette année 2017, peut faire sens pour dire l’appartenance à une même nation et en même temps le désir de partage, d’échange et  d’enrichissement réciproque.

Par l’apprentissage d’une citoyenneté responsable et solidaire, fidèle à l’évangile du prochain dont il faut se rendre proche, dans la perspective d’une vie dont Jésus-Christ témoigne par ses paroles et par ses actes, le protestantisme invente de nouvelles solidarités : la fraternité avec l’autre différent, le pauvre, le malade, l’orphelin, l’exilé, le migrant, le handicapé, la personne âgée dépendante, l’homosexuel, etc. les oeuvres protestantes créent du lien, des réseaux, et développent avec professionnalisme une réflexion éthique, sociale et politique en lien avec diverses interprétations bibliques. Un« Village des Fraternités » exposera à  Strasbourg la réalité, la pertinence et les promesses de ces engagements.

L’affirmation d’une fraternité XXL, sans exclusive, embrassant les différents acteurs de ce monde, demeure la marque décisive d’une vocation à vivre : contre une économie parfois qualifiée d’ «économie de casino» devenue folle et dont beaucoup, de quelque bord que ce soit, s’accordent à dire qu’il faut en réguler les  pratiques, pour une écologie dont les enjeux planétaires font désormais consensus depuis la COP 21, pour une politique dont les valeurs sont sans cesse à reformuler et à réaffirmer, au moment d’échéances électorales importantes, celles des présidentielles 2017, et pour une solidarité envers les plus vulnérables, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs et dont le monde ne voit plus vraiment les détresses, le protestantisme veut répondre avec responsabilité et reconnaissance à la question vive de la Genèse:« Qu’as-tu fait de ton frère?»

La traduction de cette fraternité par des engagements précis, concrets, longue durée, reste la marque d’une fidélité : l’oecuménisme chrétien, notamment par la participation de la FPF au Conseil d’Eglises Chrétiennes en France [CECEF), ses liens avec la Conférence des Eglises en Europe [KEK) et sa participation au Conseil oecuménique des Eglises [COE) rappellent la dimension internationale de son témoignage. A travers cette dimension, c’est tout le réseau missionnaire, solidaire et caritatif qui se fait jour, et les actions de plaidoyer, d’accueil ou de développement avec les partenaires chrétiens en Afrique, en Asie ou en Amérique.

Vivre la fraternité, c’est aussi et surtout prendre sa part dans la construction d’une société qui se cherche et qui, au travers des crises et des difficultés, peut trouver dans les forces du protestantisme, des sources spirituelles et des ressources vives pour avancer. Le protestantisme comme ressource et souffle pour une société qui en manque parfois.